Après des années passées derrière les barreaux, Julien avait rêvé de ce moment mille fois. Ses doigts tremblaient alors qu’il effleurait la pierre froide et gravée du nom d’Élise. Ses yeux, rougis par les larmes et le manque de sommeil, ne voyaient que cette inscription, seul vestige d’un amour brutalement arraché.

« Élise… » murmura-t-il, comme si son souffle pouvait la ramener, comme si la gravité de ses mains posées sur la pierre pouvait conjurer le temps.

Alors qu’il s’apprêtait à déposer une rose fanée, une voix cristalline éclata derrière lui :

— « Il n’y a personne… mais je sais où elle est ! »

Julien sursauta. Ses yeux balayèrent le petit parc désert, où seules quelques feuilles mortes dansaient au gré du vent. Devant lui, un garçon d’une dizaine d’années le fixait, les yeux grands ouverts, pleins d’un mélange étrange de peur et de certitude.

— « Qui es-tu ? » demanda Julien, sa voix rauque résonnant dans le silence du cimetière.

L’enfant ne répondit pas immédiatement. Il fit un pas vers lui, comme s’il mesurait le danger ou la véracité de cet inconnu. Puis, avec une assurance déconcertante :

— « Suivez-moi… mais vous devez promettre de ne rien dire à personne. Si vous le faites… elle disparaîtra à jamais. »

Julien sentit son cœur se serrer. Était-ce une plaisanterie ? Une hallucination après des années de solitude et de désespoir ? Pourtant, quelque chose dans le regard de l’enfant éveilla en lui un instinct primal : la vérité.

— « Je promets… » répondit-il, la voix tremblante, mais pleine d’une détermination que la prison n’avait pas su éteindre.

Le garçon tourna les talons et s’engouffra dans un chemin étroit entre les arbres. Julien le suivit, ses pas résonnant sur le gravier humide, chaque craquement accentuant l’angoisse qui lui nouait la poitrine. Le vent semblait murmurer des avertissements, mais il avança, obsédé par l’idée de revoir Élise, de réparer ce qui pouvait encore l’être.

Après ce qui lui sembla une éternité, ils arrivèrent à une vieille maison à l’abandon, dissimulée par des lianes et le lierre. Les fenêtres étaient barricadées, et pourtant, un éclat de lumière filtrait par une fissure du toit. L’enfant s’arrêta.

— « C’est ici… » souffla-t-il.

Julien sentit un mélange de peur et d’excitation. Il poussa la porte grinçante et entra. L’intérieur était sombre, poussiéreux, mais parfaitement intact, comme si le temps s’était arrêté dans cette pièce. Et là, au centre, assise sur une vieille chaise à bascule, Élise se tenait. Ou plutôt… une femme. Mais pas tout à fait comme il se souvenait.

Ses cheveux étaient longs, ses yeux brillants d’une intensité presque surnaturelle. Elle leva la tête, et un sourire fragile apparut sur ses lèvres. Julien sentit son souffle se couper.

— « Julien… » murmura-t-elle, sa voix un écho du passé et du présent en même temps.

Mais quelque chose clochait. Son regard… n’était pas tout à fait humain. Comme si elle avait été transformée par les années, par la solitude, ou par un secret bien plus grand que lui.

— « Comment… ? » balbutia-t-il, incapable de trouver les mots.

L’enfant à côté de lui intervint :

— « Elle n’a jamais vraiment quitté ce monde… mais elle n’est plus tout à fait elle-même. Ce que vous avez perdu n’est pas mort… mais elle vit dans un autre lieu, un autre temps. »

Julien sentit un vertige l’envahir. Était-ce réel ou était-il en train de sombrer dans la folie après tant d’années d’emprisonnement et de regrets ?

Puis, Élise se leva, et un frisson glacial parcourut Julien. Elle avança vers lui, ses yeux scintillant d’un éclat qui mélangeait reconnaissance, douleur et mystère.

— « Julien… je t’attendais… » dit-elle doucement.

Le cœur de Julien battait à tout rompre. Chaque fibre de son corps criait qu’il devait la toucher, qu’il devait s’assurer qu’elle était réelle. Mais lorsqu’il tendit la main, elle traversa son bras comme un souffle de brume. Un cri monta dans sa gorge, un mélange de désespoir et d’émerveillement.

— « Qu’est-ce que tu es devenue ? » demanda-t-il, les larmes montant.

Élise sourit tristement :

— « Je ne suis plus la même. Mais tu dois comprendre… je n’ai jamais cessé de t’attendre. »

Julien sentit un choc parcourir son être. Les larmes coulaient, mais ses mains étaient vides. Et pourtant, il sut qu’il ne pouvait pas reculer. Qu’il devait découvrir le secret de cette existence mystérieuse, pour sauver la femme qu’il aimait, ou la perdre à jamais.

Et ainsi commença leur voyage, un chemin empli de révélations, de dangers et de vérités que Julien n’aurait jamais imaginé. Chaque pas rapprochait la lumière… mais aussi l’ombre.

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