…et la lumière s’est éteinte.

D’un coup.

Sans clignoter.
Sans prévenir.

Comme si quelqu’un avait simplement… décidé que c’était le moment.


Le noir était total.

Pas ce noir ordinaire où l’on distingue encore les formes.

Non.

Un noir épais. Dense. Vivant.


Elle n’osait plus respirer.

Son cœur battait si fort qu’elle était certaine qu’il résonnait dans toute la pièce.

— « Allô… ? » murmura-t-elle.

Sa voix tremblait.

Aucune réponse.


Puis…

un bruit.


Très léger.

Un frottement.

Comme quelque chose qu’on traîne sur une surface humide.


Elle recula instinctivement.

Ses mains cherchaient un point d’appui.

Le comptoir.

Le mur.

N’importe quoi.


Mais ce qu’elle toucha…

n’était pas du bois.


C’était froid.

Lisse.

Et… légèrement humide.


Elle retira sa main brusquement.

Un frisson violent traversa tout son corps.


— « Vous êtes là ?! » lança-t-elle, plus fort cette fois.


Un souffle.

Tout près.

Trop près.


— « Toujours… »


Elle se figea.

La voix du boucher.

Mais différente.

Plus grave.

Plus lente.

Comme si elle venait de très loin.

Ou de très profond.


Puis…

un clic.


Une lumière faible s’alluma.

Pas les néons.

Pas l’éclairage habituel.


Une seule ampoule.

Suspendue au plafond.

Oscillant légèrement.


Et ce qu’elle éclairait…

n’était plus le même endroit.


Le comptoir avait changé.

Le verre n’était plus transparent.

Il était… terni.

Comme recouvert d’une fine pellicule.


Elle s’approcha malgré elle.

Attirée.

Comme poussée par quelque chose qu’elle ne contrôlait pas.


Et elle regarda à l’intérieur.


Ce n’était pas de la viande.


Pas vraiment.


C’étaient des morceaux… oui.

Mais pas comme ceux qu’on voit dans une boucherie normale.

Ils étaient trop… précis.

Trop reconnaissables.


Une main.

Un morceau d’épaule.

Une partie de visage.


Elle recula en étouffant un cri.


— « Non… non… c’est impossible… »


Le boucher était maintenant derrière elle.

Sans bruit.

Sans qu’elle l’ait vu se déplacer.


— « Vous voyez maintenant… »


Elle secoua la tête.

— « Ce n’est pas réel… ce n’est pas réel… »


— « Oh si. C’est plus réel que tout ce que vous avez ignoré jusqu’ici. »


Ses jambes tremblaient.

— « Ignoré quoi ?! »


Silence.

Puis…


— « Les choix. »


Elle fronça les sourcils, perdue.


— « Chaque personne qui entre ici… a déjà choisi. »


— « Choisi quoi ?! »


Il s’approcha lentement.


— « Ce qu’elle est prête à devenir. »


Un froid glacial envahit sa poitrine.


— « Je ne comprends pas… »


Il désigna le comptoir.


— « Regardez bien. »


Elle ne voulait pas.

Mais elle le fit.


Et cette fois…

elle vit.


Pas seulement les morceaux.


Des visages.


Figés.

Silencieux.

Mais reconnaissables.


Et soudain…

elle en reconnut un.


Son voisin.

Disparu il y a trois mois.


Son souffle se coupa.


Puis un autre.


Une femme qu’elle avait vue aux informations.


Puis…


Son propre reflet.


Elle hurla.


Dans le verre…

quelque chose bougea.


Son reflet… cligna des yeux.


Pas elle.


Son reflet.


Elle recula violemment.


— « NON ! »


Le boucher sourit.

Lentement.


— « Vous commencez à comprendre. »


— « Qu’est-ce que vous m’avez fait ?! »


— « Rien. »


Pause.


— « Vous êtes venue toute seule. »


Son esprit tournait.


— « La date… mon nom… »


Il hocha la tête.


— « Ce n’est pas un prix. »


Silence.


— « C’est un moment. »


Elle sentit ses jambes céder.


— « Quel moment… ? »


Il s’approcha encore.

Trop près.


— « Celui où vous avez cessé d’être… entièrement vous. »


Les mots résonnèrent en elle.


Et soudain…

tout revint.


Les petits choix.

Les compromis.

Les mensonges.

Les moments où elle avait fermé les yeux.


Les fois où elle avait laissé faire.


Les fois où elle avait choisi la facilité.


Les fois où elle n’avait rien dit.


Son souffle devint irrégulier.


— « Non… ça ne peut pas être ça… »


— « Ici… rien ne disparaît. »


Il posa une main sur le comptoir.


— « Tout se transforme. »


Un bruit sourd résonna derrière le verre.


Les morceaux… bougèrent.


Lentement.


Comme s’ils réagissaient à quelque chose.


À elle.


Elle sentit une pression dans sa poitrine.


Comme si quelque chose… tirait.


— « Non… laissez-moi partir… »


— « Trop tard. »


Le mot tomba comme une sentence.


La lumière vacilla.


Et soudain…

elle sentit ses doigts devenir froids.


Engourdis.


Elle regarda ses mains.


La peau…

changeait.


Plus pâle.

Plus lisse.

Plus… figée.


— « Qu’est-ce qui m’arrive… »


Le boucher murmura :


— « Vous prenez votre place. »


Elle tenta de bouger.

De fuir.

Mais ses jambes ne répondaient plus.


Le monde autour d’elle se déformait.


Le comptoir semblait… se rapprocher.


Ou peut-être était-ce elle…

qui s’enfonçait.


Elle voulut crier.


Mais aucun son ne sortit.


Et dans le verre…


elle se vit.


De l’autre côté.


Immobile.


Silencieuse.


Exposée.


Avec une petite étiquette.


La date.


Et son nom.


La lumière s’éteignit une seconde fois.


Quand elle se ralluma…


la boutique était vide.


Silencieuse.


Comme si rien ne s’était passé.


Sauf…


le boucher.


Qui nettoyait calmement son couteau.


Et une nouvelle cliente…


qui venait d’entrer.


— « Bonjour… je voulais juste demander le prix… »


Il leva les yeux.


Et sourit.

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