Les flammes n’avaient pas encore été allumées.
Mais la mort était déjà là.
Elle se voyait dans les yeux des hommes.
Dans leurs sourires froids.
Dans leur manière calme de détruire une vie sans le moindre remords.
Le chef du groupe, Viktor, regardait la vieille femme avec impatience. Grand, massif, le visage marqué par une vieille cicatrice près de l’œil gauche, il semblait complètement incapable de ressentir la moindre pitié.
— Signe les papiers et tout s’arrête ici, dit-il sèchement.
La grand-mère secouait la tête à travers ses larmes.
— Je vous en supplie… cette maison… c’est toute ma vie…
L’un des hommes éclata de rire.
— Ta vie est presque terminée de toute façon.
Un autre continua de verser l’essence sur les murs en bois.
Le liquide coulait lentement sur les vieilles planches que son mari avait posées de ses propres mains quarante ans plus tôt.

La vieille femme sentit son cœur se briser.
Chaque coin de cette maison contenait un souvenir.
Le premier anniversaire de leur fils.
Les soirées d’hiver près du poêle.
Les fleurs que son mari plantait chaque printemps devant la fenêtre.
Tout.
Et maintenant ces monstres voulaient tout brûler.
Elle leva les yeux vers eux.
— Pourquoi faites-vous ça… ?
Viktor haussa les épaules.
— Parce que personne ne t’aidera.
Ces mots furent suivis d’un silence terrible.
Puis soudain…
Un bruit lourd résonna dans le couloir.
Les bandits se figèrent immédiatement.
Quelqu’un était entré dans la maison.
Mais ce n’était pas possible.
La neige tombait violemment dehors. Personne ne vivait près d’ici. Et ils avaient vérifié les alentours avant d’entrer.
Un deuxième bruit résonna.
Lent.
Lourd.
Comme des pas.
La vieille femme releva brusquement la tête.
Et dans ses yeux apparut quelque chose que les hommes n’avaient encore jamais vu depuis leur arrivée.
De l’espoir.
Viktor fronça immédiatement les sourcils.
— Qui est là ?!
Aucune réponse.
Puis une silhouette apparut lentement dans l’obscurité du couloir.
Et les hommes sentirent instantanément un froid leur traverser le corps.
C’était un immense chien noir.
Non.
Pas un chien.
Quelque chose de beaucoup plus impressionnant.
L’animal avançait lentement, silencieusement, ses énormes pattes laissant des traces humides sur le vieux parquet. Son pelage épais était couvert de neige fondue, et ses yeux jaunes fixaient les intrus sans cligner.
L’un des bandits recula immédiatement.
— Bordel… c’est quoi ce monstre… ?
La vieille femme murmura d’une voix brisée :
— Volkan…
Le chien continua d’avancer.
Immense.
Terrifiant.
Un vieux berger caucasien.
Le même chien que son mari avait élevé avant sa mort.
Tout le quartier connaissait autrefois Volkan. On racontait qu’il pouvait faire fuir un ours.
Mais cela faisait presque deux semaines qu’il avait disparu dans la forêt après une tempête.
Tout le monde croyait qu’il était mort.
Même la vieille femme avait perdu espoir.
Et maintenant…
Il était là.
Devant elle.
Comme revenu des enfers.
L’un des hommes tenta nerveusement de rire.
— Ce n’est qu’un chien.
Mais sa voix tremblait.
Parce que Volkan ne ressemblait plus vraiment à un chien ordinaire.
Il ressemblait à une créature sauvage sortie de la nuit.
Ses crocs apparaissaient lentement derrière ses lèvres retroussées.
Un grondement grave vibra dans toute la pièce.
Et ce son fit immédiatement comprendre aux bandits qu’ils avaient commis une énorme erreur.
Viktor tenta de garder son calme.
— Écartez-vous doucement…
Mais personne ne bougeait.
Volkan s’arrêta juste devant la vieille femme.
Puis il posa lentement son énorme corps entre elle et les hommes.
Comme un mur vivant.
La grand-mère éclata immédiatement en sanglots.
— Tu es revenu… mon garçon…
Le chien ne la quittait pas des yeux.
Mais son grondement devenait de plus en plus menaçant.
Un des hommes, paniqué, attrapa brutalement une barre métallique.
— Je vais l’écraser !
À peine eut-il levé le bras que Volkan bondit.
Tout se passa en une seconde.
Le choc fut si violent que l’homme fut projeté contre le mur avec un cri horrible. La barre métallique tomba au sol dans un vacarme assourdissant.
Les autres reculèrent de terreur.
Volkan resta devant eux, les crocs couverts de salive, prêt à attaquer encore.
Et soudain…
Quelqu’un dehors poussa un cri.
Puis un autre.
Les bandits tournèrent la tête vers les fenêtres.
Des silhouettes apparaissaient dans la neige.
Plusieurs.
Viktor pâlit brutalement.
Les voisins.
Ils arrivaient avec des lampes, des pelles, des bâtons.
La vieille femme comprit immédiatement.
Le chien.
Volkan avait dû courir jusqu’au village.
Pour chercher de l’aide.
Les hommes sentirent alors quelque chose qu’ils n’avaient jamais ressenti auparavant.
La peur.
La vraie.
Parce qu’ils comprenaient maintenant qu’ils n’étaient plus les chasseurs.
Ils étaient devenus les proies.
La porte d’entrée s’ouvrit violemment sous le vent glacé.
Et un vieil homme entra le premier avec un fusil de chasse dans les mains.
— Personne ne touche à Anna ! cria-t-il.
Derrière lui, d’autres habitants envahirent la maison.
Viktor regarda autour de lui avec panique.
Piégés.
Complètement piégés.
Volkan avançait lentement vers eux, grondant toujours.
Les hommes reculèrent instinctivement jusqu’au mur.
Puis soudain, l’un des bandits murmura d’une voix blanche :
— Viktor… regarde…
Le chef tourna lentement la tête.
Et ce qu’il vit fit disparaître toute couleur de son visage.
Derrière les villageois…
dans l’obscurité de la cour enneigée…
d’autres yeux brillaient dans la nuit.
Pas deux.
Pas quatre.
Des dizaines.
Et Volkan n’était pas revenu seul de la forêt.