Les deux louveteaux poussèrent de petits gémissements désespérés en voyant l’inconnue approcher.
Leur mère ne bougea presque pas.
Élise sentit immédiatement son cœur se serrer.
La louve était immense. Même couchée dans la neige, elle dégageait une présence terrifiante. Son pelage gris était taché de sang près de l’épaule, et une de ses pattes semblait brisée. Ses yeux à demi ouverts brillaient faiblement sous la tempête.
Vivante.
À peine.
Le bon sens lui criait de reculer.
Un loup blessé peut attaquer sans prévenir. Et une mère protégeant ses petits est encore plus dangereuse.
Mais les petits tremblaient tellement…
Élise pensa soudain à son fils.
À Hugo.
Elle revit pendant une fraction de seconde ses petites mains contre la vitre de l’ambulance cette nuit-là, avant que les portes ne se referment pour toujours.
Une douleur violente traversa sa poitrine.

Puis quelque chose en elle céda.
Elle retira lentement ses gants et s’accroupit dans la neige.
— Doucement… murmura-t-elle d’une voix tremblante. Je ne vais pas vous faire de mal…
Les louveteaux reculèrent immédiatement contre le corps de leur mère.
La louve tenta soudain de relever la tête.
Un grondement faible sortit de sa gorge.
Mais ce grondement n’avait plus rien de menaçant.
C’était presque… une supplication.
Élise sentit sa respiration se bloquer.
La pauvre bête était en train de mourir.
Et elle le savait.
Le vent soufflait si fort que la croix blanche au bord de la route disparaissait presque derrière le rideau de neige. Pendant un instant, Élise eut l’impression étrange que le passé et le présent se mélangeaient.
Comme si cette route refusait de laisser mourir quoi que ce soit sans témoin.
Elle regarda autour d’elle.
Aucune voiture.
Aucun secours.
Personne.
Seulement elle.
Et ces créatures perdues dans la tempête.
Les louveteaux avaient les yeux immenses, remplis d’une peur presque humaine. Ils semblaient attendre un miracle.
Élise prit une décision folle.
Elle retira lentement son manteau épais.
Puis elle le posa délicatement sur les petits.
La louve la regarda immédiatement.
Et ce regard glaça Élise jusqu’aux os.
Il n’y avait plus de sauvagerie dedans.
Seulement une souffrance immense.
Et quelque chose d’autre.
De la reconnaissance.
— Mon Dieu… souffla Élise.
Elle attrapa son téléphone avec des doigts gelés et tenta d’appeler les secours animaliers.
Pas de réseau.
Bien sûr.
La tempête coupait souvent le signal dans cette région montagneuse.
Elle jura à voix basse.
Les petits gémissaient de plus en plus faiblement maintenant.
S’ils restaient ici encore une heure, ils mourraient tous.
Élise regarda sa voiture.
Puis la louve.
Puis encore la voiture.
Son esprit lui disait qu’elle était complètement folle.
Mais son cœur refusait de partir.
Alors elle prit une grande inspiration.
Et elle tendit lentement la main vers la louve blessée.
L’animal grogna faiblement.
Les muscles de son corps se contractèrent.
Élise s’arrêta immédiatement.
La neige s’accumulait déjà sur ses cheveux et ses épaules.
— Je sais… murmura-t-elle. Tu as peur…
La louve continuait de la fixer.
Puis soudain…
Elle relâcha lentement la tête contre la neige.
Comme si elle abandonnait enfin la lutte.
Élise sentit les larmes lui monter aux yeux.
Très doucement, elle toucha le flanc glacé de l’animal.
Et c’est là qu’elle vit quelque chose qui lui coupa littéralement le souffle.
Sous le sang et la neige… un morceau de tissu était coincé autour de la patte blessée de la louve.
Un petit morceau de tissu bleu.
Déchiré.
Élise fronça les sourcils.
Ce tissu…
Elle le connaissait.
Son cœur commença soudain à battre si fort qu’elle crut s’évanouir.
Non.
C’était impossible.
Ses doigts tremblèrent lorsqu’elle écarta doucement la neige collée au tissu.
Puis elle vit enfin le motif.
De petites étoiles blanches.
Exactement les mêmes étoiles que sur l’écharpe que portait son fils le soir de l’accident.
Le monde entier sembla basculer.
Élise recula brutalement.
— Non… non…
Sa respiration devint incontrôlable.
Cette écharpe avait disparu après l’accident.
Les policiers ne l’avaient jamais retrouvée.
Jamais.
Le vent hurla plus violemment autour d’elle.
Et soudain, des souvenirs oubliés remontèrent brutalement à la surface.
Cette nuit-là…
Juste avant le choc…
Hugo avait crié quelque chose depuis le siège arrière.
Quelque chose à propos d’un animal sur la route.
Élise sentit son sang devenir glacé.
Elle n’avait jamais voulu y repenser.
Jamais.
Parce que quelques secondes plus tard, le camion avait percuté leur voiture.
Son mari était mort sur le coup.
Et Hugo… quelques minutes plus tard dans l’ambulance.
Pendant des années, Élise avait cru à un simple accident.
Mais maintenant…
Ses yeux se reposèrent lentement sur la louve blessée.
Et une pensée monstrueuse traversa son esprit.
Et si ce n’était pas un hasard ?
La louve bougea faiblement la tête.
Puis elle poussa un petit gémissement presque inaudible.
Élise regarda soudain les deux louveteaux plus attentivement.
L’un d’eux portait autour du cou une petite chaîne métallique.
Une chaîne d’enfant.
Le souffle d’Élise se coupa net.
Elle connaissait cette chaîne.
C’était celle de Hugo.
Le petit pendentif en forme de lune était couvert de neige… mais elle l’aurait reconnu entre mille.
Ses jambes faillirent céder sous elle.
— Mon Dieu…
Ses mains commencèrent à trembler violemment.
Comment cette chaîne pouvait-elle être là ?
Comment ?
Elle s’approcha du petit louveteau comme dans un rêve.
Le petit recula légèrement… puis s’arrêta.
Et dans ses yeux…
Élise sentit quelque chose se briser à l’intérieur d’elle.
Parce que pendant une seconde terrifiante…
Elle eut l’impression de reconnaître le regard de son fils.
Puis soudain, un bruit apparut derrière elle.
Un craquement lourd.
Très proche.
Élise se retourna brusquement.
Et son sang se glaça immédiatement.
Dans l’obscurité de la forêt, juste derrière les arbres couverts de neige…
plusieurs yeux brillaient dans la nuit.