Puis encore une fois.
Ilya sentit la corde glisser entre ses petites mains mouillées. Son cœur battait si fort qu’il en avait presque mal à la poitrine.
Le vent avait changé.
Quelques minutes plus tôt, les rires remplissaient la rive.
Maintenant, tout semblait silencieux.
Trop silencieux.
Même les oiseaux avaient cessé de chanter.
Le garçon avala difficilement sa salive et tira encore une fois.
Quelque chose bougeait sous l’eau.
Quelque chose de lourd.
Très lourd.
La surface de la rivière commença lentement à se déformer, comme si une masse énorme remontait des profondeurs.
Ilya recula instinctivement.
Mais il ne lâcha pas la corde.
Sa curiosité était plus forte que sa peur.
L’eau se mit à tournoyer.
Des bulles éclatèrent à la surface.
Puis… quelque chose apparut.
D’abord une forme sombre.
Ensuite un morceau de tissu.
Et enfin…
une main.

Le garçon poussa un cri si aigu qu’il résonna dans toute la forêt.
Il tomba en arrière dans le sable humide, incapable de respirer.
La main flottait à moitié hors de l’eau, pâle, immobile, couverte de vase.
Le monde autour de lui sembla devenir irréel.
Ilya voulait courir.
Mais ses jambes refusaient de bouger.
La corde glissa lentement de ses doigts tremblants.
Le courant poussa encore la silhouette vers la rive.
Et soudain il comprit.
Ce n’était pas un trésor.
C’était un corps.
Le garçon recula à quatre pattes, le souffle coupé.
Son esprit refusait d’accepter ce qu’il voyait.
Les histoires effrayantes racontées à l’école.
Les films interdits.
Les rumeurs sur la rivière.
Tout revenait d’un seul coup.
Puis, derrière lui, des branches craquèrent brutalement.
Ilya sursauta.
— Ilya !
C’était son ami Maksim qui revenait en courant avec deux adultes du village.
Le garçon pointa la rivière du doigt sans réussir à parler.
L’un des hommes s’approcha du bord.
Et son visage changea immédiatement.
— Mon Dieu…
L’autre attrapa vite Ilya par les épaules et le recula.
— Ne regarde pas.
Mais c’était trop tard.
L’image était déjà gravée dans sa mémoire.
Quelques minutes plus tard, les sirènes résonnèrent au loin.
La police arriva rapidement.
Puis une ambulance.
La rive tranquille devint soudain un lieu de chaos.
Des rubans de sécurité furent installés.
Les habitants du village commencèrent à se rassembler à distance, murmurant entre eux avec inquiétude.
Ilya restait assis sur une vieille caisse en bois, enveloppé dans une couverture qu’un policier lui avait donnée.
Ses petites mains tremblaient encore.
Un enquêteur s’agenouilla devant lui.
— Tu peux me raconter exactement ce qui s’est passé ?
Le garçon hocha lentement la tête.
Sa voix était faible.
— J’ai vu la corde… je pensais qu’il y avait quelque chose…
Il s’arrêta.
Ses yeux se remplirent de larmes.
L’homme regarda discrètement ses collègues.
Puis demanda doucement :
— Tu étais seul quand tu as tiré ?
Ilya acquiesça.
L’enquêteur inspira profondément.
Comme si quelque chose le dérangeait.
Quelque chose de plus grave que la découverte elle-même.
Pendant ce temps, près de la rivière, les policiers terminaient de sortir le corps.
Les habitants essayaient de voir malgré les interdictions.
Les murmures devenaient plus lourds.
— Qui est-ce ?
— Depuis combien de temps il était là ?
— Mon Dieu…
Puis soudain, un des policiers se figea.
— Attendez…
Il venait de remarquer quelque chose attaché au poignet du corps.
Une chaîne métallique.
Et au bout…
un petit cadenas rouillé.
L’homme fronça les sourcils.
— Pourquoi quelqu’un attacherait-il ça à un poignet ?
Un autre policier examina la corde.
Son visage pâlit lentement.
— Ce n’est pas une simple corde.
— Quoi ?
Il avala difficilement sa salive.
— Quelqu’un l’a nouée volontairement à quelque chose au fond.
Un silence brutal tomba autour d’eux.
L’enquêteur leva immédiatement les yeux vers la rivière sombre.
Le courant semblait calme.
Trop calme.
Puis un plongeur cria soudain depuis l’eau :
— Il y a autre chose ici !
Tous se tournèrent vers lui.
Le plongeur respirait difficilement.
— Je crois… je crois qu’il y a plusieurs corps.
Le silence explosa en panique.
Une femme dans la foule porta la main à sa bouche.
Quelqu’un recula en pleurant.
Les policiers commencèrent immédiatement à éloigner les habitants.
Mais il était déjà trop tard.
La peur s’était répandue.
Une peur froide.
Vivante.
Ilya regardait la rivière sans cligner des yeux.
Et à cet instant précis, il sentit quelque chose qu’il n’oublierait jamais.
Parce qu’il comprit que ce qu’il avait remonté à la surface ce jour-là…
ce n’était pas seulement un corps.
C’était un secret que quelqu’un avait essayé d’enterrer au fond de l’eau depuis très longtemps.