Le vent d’été glissait doucement sur les tombes, portant avec lui l’odeur de l’herbe humide et du bois pourri. Karina tenait toujours la jeune femme enceinte dans ses bras, sentant le poids fragile de ce corps à peine conscient. Ses doigts tremblaient, mais elle savait qu’elle devait être ferme, parce que chaque seconde comptait.
« Qui t’a fait ça ? » murmura-t-elle, ses yeux scrutant la forêt sombre qui bordait le marais. Mais la jeune femme ne pouvait que balbutier des mots incohérents, haletante, comme si la peur avait gelé sa voix.
Petar, l’homme âgé mais robuste, entra rapidement, portant une couverture épaisse et une lanterne. Son regard, habituellement dur et distant, s’adoucit instantanément en voyant l’état critique de la jeune femme. Il posa la couverture autour d’elle, la soulevant doucement pour éviter toute douleur.
« Elle doit rester au chaud. Rapide, Karina, aide-moi à la déplacer à l’intérieur. »

Karina acquiesça, sentant le frisson du désespoir se transformer en une détermination glaciale. Chaque respiration de la jeune femme semblait peser une tonne, et le silence du marais était oppressant, rempli de cris invisibles, d’ombre et de secrets anciens.
Une fois à l’intérieur de la maison de Petar, le contraste était saisissant : le feu crépitant dans l’âtre réchauffait la pièce, mais l’air était lourd de tension et de mystère. Karina observa les traits marqués de Petar, comprenant que cet homme, qu’elle pensait un simple ermite du village, cachait un monde de douleur et de résilience.
« Elle a besoin d’un médecin », dit-elle. « Et vite. »
Petar secoua la tête. « Ici, c’est trop loin… et il n’y a pas de temps. Je connais les herbes et les techniques… nous devons agir nous-mêmes. »
Le cœur de Karina battait à tout rompre. L’idée de devoir improviser un accouchement ou même sauver une vie avec seulement des herbes et des gestes incertains était terrifiante. Mais le regard de Petar, ferme et concentré, la força à se concentrer. Il n’y avait pas de place pour la peur.
Alors qu’ils commençaient à préparer la jeune femme, un bruit sourd retentit à la fenêtre. Karina sursauta. Le marais semblait… vivant, comme s’il savait qu’un secret venait d’être découvert. Les branches des arbres frappaient contre la vitre, et un hurlement lointain résonna dans la forêt. La jeune femme frissonna, et Petar fronça les sourcils.
« Quelqu’un nous observe… » murmura-t-il.
Karina sentit un frisson parcourir son dos. Était-ce le village, des curieux, ou quelque chose de plus ancien ? Les légendes disaient que le marais était habité par des esprits oubliés, et que certaines âmes ne pouvaient jamais quitter ses eaux noires. Elle chassa ces pensées. Il fallait se concentrer sur la vie devant elle, pas sur les histoires.
Pendant des heures, ils luttèrent. La jeune femme haletait, chaque minute semblait une éternité. Petar parlait doucement, donnant des instructions précises, tandis que Karina suivait ses ordres avec une précision presque mécanique. Les herbes, l’eau chaude, les massages — chaque geste était vital.
Puis, soudain, un cri aigu traversa la maison. Le bébé venait de naître, fragile mais vivant. La jeune femme, épuisée, murmura quelques mots incompréhensibles, regardant son enfant avec des yeux pleins de larmes et de peur. Karina et Petar échangèrent un regard : c’était un miracle, mais ce miracle était enveloppé de mystère.
Car le véritable danger n’était pas encore passé.
À l’extérieur, dans l’ombre du marais, quelqu’un ou quelque chose observait. Le silence était trop lourd, et la brume semblait se déplacer avec une intelligence malveillante. Karina comprit que cette jeune femme et son enfant n’étaient pas seulement victimes de la nature ou de la cruauté humaine — il y avait une force, peut-être humaine, peut-être autre, qui voulait garder ce secret enfoui.
Petar verrouilla les portes et les fenêtres. « Ils savent… » dit-il simplement. « Et ils ne reculeront devant rien. »
Karina sentit son cœur se serrer. Tout le village, tout le passé, toutes les blessures semblaient converger dans cette maison isolée. Le bébé, emmailloté et frêle, dormait enfin, ignorant le monde qui l’entourait. Mais pour Karina et Petar, le vrai cauchemar ne faisait que commencer…