Pas comme un choc.
Pas comme un cri.
Mais comme un détail.
Un détail trop précis pour être ignoré.
Belinda était déjà debout avant l’aube, comme toujours.
Le ciel était encore gris, suspendu entre nuit et jour.
Elle balayait la cour en silence, ses gestes mécaniques, répétés des centaines de fois.
Puis elle s’arrêta.

Le balai resta suspendu dans sa main.
Quelque chose n’allait pas.
Ses vêtements.
Ils n’étaient pas là où elle les avait laissés la veille.
Le pagne qu’elle avait accroché derrière la porte de la petite salle de bain…
était posé ailleurs.
Plié.
Différemment.
Belinda fronça les sourcils.
Elle se souvenait parfaitement.
Elle avait toujours une manière précise de plier.
Toujours.
Alors pourquoi…
Un frisson lui parcourut le dos.
— « Peut-être que j’ai oublié… »
Mais au fond d’elle…
elle savait.
Elle n’oubliait jamais.
Toute la journée, quelque chose la dérangea.
Les regards.
Son oncle.
Il ne disait rien.
Comme toujours.
Mais ses yeux…
restaient un peu trop longtemps posés sur elle.
Rita, elle, était comme d’habitude.
Autoritaire.
Dure.
— « Belinda ! Tu es encore lente aujourd’hui ! »
Mais même sa voix semblait lointaine.
Comme étouffée.
Parce que dans la tête de Belinda…
une seule question tournait en boucle :
Qui était entré pendant qu’elle se baignait ?
Le soir arriva.
Le moment qu’elle redoutait.
Elle regarda la petite salle de bain.
Les murs fissurés.
La porte en bois mal ajustée.
Les ombres qui semblaient bouger même quand rien ne bougeait.
Son cœur accéléra.
— « Non… pas ce soir… »
Mais elle n’avait pas le choix.
Elle entra.
Ferma la porte.
Le bruit du verrou résonna trop fort.
Elle posa le seau.
Et resta immobile.
À écouter.
Rien.
Seulement le silence.
Un silence trop lourd.
Elle commença à se laver.
Lentement.
Ses gestes étaient hésitants.
Puis…
ce sentiment.
Encore.
Comme si quelque chose…
la regardait.
Non.
Pas quelque chose.
Quelqu’un.
Elle se retourna brusquement.
Rien.
Mais cette fois…
elle ne se calma pas.
Son souffle devint court.
— « Il y a quelqu’un ?! »
Silence.
Puis…
un bruit.
Très léger.
Derrière le mur.
Comme un frottement.
Belinda s’approcha lentement.
Sa main tremblait.
Elle toucha le mur.
Et alors…
elle sentit.
Une vibration.
Comme si quelque chose…
bougeait de l’autre côté.
Elle recula d’un coup.
— « Non… non… »
Son cœur battait à tout rompre.
Puis elle remarqua.
Une fissure.
Fine.
Presque invisible.
Mais assez grande…
pour laisser passer…
un regard.
Elle se pencha.
Contre toute logique.
Contre toute peur.
Elle regarda.
Et ce qu’elle vit…
la figea.
Un œil.
Ouvert.
Fixé sur elle.
Sans cligner.
Sans vie.
Belinda hurla.
Elle recula.
Le seau se renversa.
L’eau se répandit sur le sol.
Elle attrapa son pagne.
Et sortit en courant.
Personne dans la cour.
Personne.
Comme si rien n’était arrivé.
Elle passa la nuit sans dormir.
Chaque bruit la faisait sursauter.
Chaque ombre semblait vivante.
Et une pensée la hantait :
Quelqu’un l’observait.
Depuis combien de temps ?
Le lendemain…
elle prit une décision.
Elle n’irait plus dans cette salle de bain.
Jamais.
Et c’est là…
qu’elle pensa à la rivière.
La rivière interdite.
La rivière de minuit.
Personne n’y allait après le coucher du soleil.
On disait…
qu’elle n’était pas faite pour les vivants.
Mais pour Belinda…
c’était mieux que cette maison.
Mieux que ces murs.
Mieux que cet œil.
La nuit tomba.
Lentement.
Comme si elle savait.
Belinda attendit.
Que tout le monde dorme.
Puis elle sortit.
Sans bruit.
Sans lumière.
Le chemin vers la rivière était long.
Et sombre.
Chaque pas résonnait trop fort.
Chaque branche semblait la retenir.
Mais elle continua.
Parce qu’au fond d’elle…
quelque chose la poussait.
Quand elle arriva…
la rivière était là.
Silencieuse.
Noire.
Immobile.
Comme un miroir sans fond.
Un vent froid passa.
Et pour la première fois…
elle hésita.
— « Je peux encore rentrer… »
Mais elle savait.
Il n’y avait plus de retour.
Elle s’approcha.
L’eau brillait faiblement.
Comme si quelque chose…
la regardait depuis en dessous.
Belinda entra.
Un pas.
Puis un autre.
L’eau était glacée.
Trop glacée.
Mais elle continua.
Et soudain…
elle sentit quelque chose.
Sous son pied.
Pas une pierre.
Pas du sable.
Quelque chose de mou.
Elle se figea.
Puis…
ça bougea.
Belinda hurla.
Elle essaya de reculer.
Mais quelque chose attrapa sa cheville.
Fort.
Trop fort.
Et la tira.
Vers le fond.
L’eau se referma sur elle.
Le silence.
Le noir.
Et puis…
des yeux.
Partout.
Autour d’elle.
Dans l’eau.
Dans l’obscurité.
Les mêmes yeux.
Que dans le mur.
Et une voix.
Douce.
Terrifiante.
— « Tu es enfin venue… »