« Mark ! »
Je tombai à genoux près de mon mari.
Sa peau était glacée.
Pas froide.
Glacée.
Comme s’il était resté des heures allongé sur ce tapis.
Mes doigts tremblaient tandis que je cherchais son pouls.
Rien.
Ou peut-être quelque chose.
Je n’arrivais même plus à distinguer les battements de mon propre cœur.
« Leo ! »
Je me précipitai vers mon fils.
Son petit visage était pâle.
Ses lèvres avaient pris une légère teinte bleutée.
Mais lorsqu’une larme tomba de ma joue sur sa main, j’eus l’impression de sentir un infime mouvement.

Un souffle.
Faible.
Presque imperceptible.
Mais réel.
Je composai immédiatement les secours.
Ma voix était méconnaissable.
Cassée.
Hystérique.
Je ne me souviens même pas de ce que j’ai dit.
Seulement de la pluie qui frappait les fenêtres.
Et de cette odeur.
Toujours cette odeur étrange.
Trop sucrée.
Trop artificielle.
Comme un parfum destiné à masquer quelque chose d’horrible.
Les sirènes arrivèrent moins de dix minutes plus tard.
Mais ces dix minutes me semblèrent durer une éternité.
Les ambulanciers envahirent la maison.
Les policiers suivirent.
Puis les spécialistes.
Tout se transforma en chaos.
Ordres.
Questions.
Lumières.
Équipements.
Je restai debout dans un coin du salon, incapable de respirer correctement.
Une couverture de survie reposait sur mes épaules.
Je ne me souvenais même pas qu’on me l’avait donnée.
Puis je vis un ambulancier lever soudainement la tête.
— L’enfant a un rythme cardiaque !
Une vague d’espoir me traversa.
Brutale.
Violente.
Presque douloureuse.
— Et le père ?
demanda quelqu’un.
Le silence qui suivit me glaça.
Le secouriste baissa les yeux.
Je compris avant même qu’il ne parle.
Mon monde s’effondra.
Trois heures plus tard, j’étais assise dans une salle d’attente de l’hôpital.
Seule.
Complètement seule.
Leo se battait toujours pour sa vie au bloc de soins intensifs.
Et Mark…
Mark se trouvait à la morgue.
Même maintenant, ces mots me semblaient irréels.
Impossible.
Le matin même, nous nous étions disputés à propos d’une facture d’électricité.
Une dispute ridicule.
Une dispute normale.
Et quelques heures plus tard…
Il était mort.
Je fixais le mur blanc devant moi lorsque deux policiers apparurent.
L’un d’eux était jeune.
L’autre devait approcher de la retraite.
C’était lui qui semblait le plus préoccupé.
— Madame Parker ?
Je levai les yeux.
— Oui.
— Pourriez-vous nous suivre quelques instants ?
Mon estomac se noua immédiatement.
Quelque chose n’allait pas.
Je le sentais.
Ils m’emmenèrent dans une petite salle de réunion.
Une pièce froide.
Sans fenêtre.
Le policier plus âgé ferma la porte.
Puis il s’assit en face de moi.
Très lentement.
Comme quelqu’un qui cherche les mots justes.
— Madame…
Sa voix était douce.
Trop douce.
— Je vous demande de rester calme.
Mon cœur commença à battre plus vite.
— Pourquoi ?
Les deux hommes échangèrent un regard.
Puis le plus âgé sortit un sachet transparent.
À l’intérieur se trouvait quelque chose que je reconnus immédiatement.
Le dinosaure en peluche de Leo.
Rex.
Son compagnon depuis l’âge de trois ans.
— Pourquoi avez-vous le jouet de mon fils ?
Le policier inspira profondément.
— Parce que nous avons trouvé quelque chose à l’intérieur.
Mon sang se glaça.
— À l’intérieur ?
Il acquiesça.
— Une poche cachée.
Je secouai la tête.
— Impossible.
Je connaissais ce jouet par cœur.
Je l’avais acheté moi-même.
Le policier posa une photographie sur la table.
Je restai figée.
Une couture avait été ouverte.
Et dans la peluche…
Se trouvait une petite clé USB.
Mon souffle se bloqua.
— Qu’est-ce que c’est ?
Le policier me regarda droit dans les yeux.
— C’est exactement ce que nous essayons de comprendre.
Une heure plus tard, la clé avait déjà été analysée.
Et tout changea.
Absolument tout.
Les policiers revinrent.
Leurs visages avaient changé.
Ils semblaient choqués.
Vraiment choqués.
Le plus jeune tenait une tablette.
— Madame Parker…
Sa voix tremblait légèrement.
— Votre mari travaillait dans la finance avant d’ouvrir son cabinet de conseil, n’est-ce pas ?
— Oui.
— Savez-vous qu’il enquêtait secrètement sur quelqu’un depuis près de deux ans ?
Je fronçai les sourcils.
— Quoi ?
Le policier posa la tablette devant moi.
Je regardai l’écran.
Puis je sentis mon cœur s’arrêter.
Des centaines de documents.
Des photographies.
Des vidéos.
Des enregistrements.
Des preuves.
Et un nom revenait sans cesse.
Toujours le même.
Toujours.
Toujours.
Toujours.
Je connaissais ce nom.
Très bien.
Trop bien.
Parce qu’il appartenait à quelqu’un en qui j’avais confiance depuis des années.
Quelqu’un qui venait régulièrement dîner chez nous.
Quelqu’un que Leo appelait « oncle ».
Quelqu’un qui avait assisté à notre mariage.
Quelqu’un qui avait porté mon fils dans ses bras lorsqu’il était bébé.
Je sentis mes mains devenir glacées.
— Non…
murmurai-je.
— Ce n’est pas possible.
Le policier me regarda gravement.
— Nous avons peur que si.
Je fixai encore une fois le nom affiché sur l’écran.
Et soudain, certains détails oubliés revinrent à ma mémoire.
Des regards étranges.
Des appels interrompus.
Des silences.
Des mensonges.
Des coïncidences qui n’en étaient peut-être pas.
Puis une pensée terrible surgit.
Une pensée qui me coupa le souffle.
Si Mark avait découvert quelque chose…
Et si quelqu’un avait voulu l’empêcher de parler…
Alors peut-être que ce qui s’était passé dans notre maison n’était pas un accident.
Peut-être que ce n’était pas un suicide.
Peut-être même que ce n’était pas Mark qui était visé.
Le policier sembla lire la peur sur mon visage.
— Madame Parker…
Je levai lentement les yeux.
Il hésita.
Puis prononça une phrase qui fit disparaître toute couleur autour de moi.
— Les analyses préliminaires indiquent que le poison retrouvé dans le verre de jus n’était probablement pas destiné à votre mari.
Le monde sembla basculer.
— Alors… à qui était-il destiné ?
Le silence qui suivit fut insupportable.
Puis le policier répondit :
— À votre fils.
Et à cet instant précis, alors qu’une terreur indescriptible envahissait chaque fibre de mon corps, une seule question résonna dans mon esprit :
Qui pouvait vouloir tuer un enfant de dix ans ?