Le cri du prétendu “accident” résonna entre les falaises.

— À l’aide ! Il est tombé !

Le vacarme de la cascade avalait presque leurs voix.

La femme continuait de jouer la comédie, les mains devant le visage, simulant des sanglots tremblants.

Son amant regardait nerveusement autour de lui.

Personne.

Aucun témoin.

Seulement le brouillard humide, les rochers glissants et le vide immense sous leurs pieds.

Ils échangèrent un regard.

Un regard lourd de soulagement.

C’était terminé.

Enfin.

Des années d’attente, de frustration et de mensonges venaient, selon eux, de prendre fin.

La femme retira lentement ses mains de son visage.

Et, pour la première fois depuis longtemps…

elle sourit.

Pas un sourire de tristesse.

Pas un sourire nerveux.

Un sourire froid.

Presque soulagé.

— On doit appeler les secours maintenant, murmura l’amant.

Elle hocha doucement la tête.

Mais avant même qu’elle puisse sortir son téléphone…

un bruit étrange monta du ravin.

Un choc métallique.

Puis…

un craquement.

Les deux se figèrent immédiatement.

L’amant pâlit.

— Tu as entendu ça ?

La femme regardait le vide sans bouger.

Le vent soufflait fort.

Puis plus rien.

Silence.

Elle secoua finalement la tête.

— Ce sont sûrement les rochers.

Mais quelque chose dans sa voix avait changé.

Une hésitation.

Comme si, au fond d’elle-même, elle venait soudain de comprendre qu’ils n’avaient même pas vérifié le corps.

L’amant essaya de reprendre le contrôle.

— Calme-toi. Personne ne peut survivre à une chute pareille.

Pourtant…

aucun des deux n’osait regarder en bas.

Finalement, ils appelèrent les secours.

La femme joua son rôle à la perfection.

Voix brisée.

Respiration saccadée.

Larmes forcées.

— Mon mari… son fauteuil a glissé… nous n’avons rien pu faire…

Même les secouristes semblaient touchés par sa détresse.

Pendant près de deux heures, les équipes fouillèrent le ravin.

Des cordes furent installées.

Des lampes descendirent dans le brouillard.

Mais plus le temps passait…

plus quelque chose devenait étrange.

Aucun corps.

Aucune trace de sang.

Aucun fauteuil roulant.

Rien.

Le chef des secours remonta finalement vers eux avec le visage fermé.

— Madame… nous ne trouvons rien.

La femme sentit son ventre se nouer.

— Comment ça… rien ?

— Avec une chute pareille, il devrait être là.

L’amant intervint rapidement :

— Le courant de la cascade l’a peut-être emporté.

Le secouriste hocha lentement la tête.

— Peut-être.

Mais son regard restait étrange.

Soupçonneux.

La nuit commençait à tomber.

Les recherches furent suspendues jusqu’au lendemain.

La femme et son amant rentrèrent finalement à la maison.

Et c’est là que tout commença réellement.

La villa était immense.

Silencieuse.

Froide.

Le fauteuil vide près de la fenêtre semblait encore les observer.

La femme servit deux verres de whisky.

Ses mains tremblaient légèrement.

L’amant tenta de sourire.

— C’est fini maintenant.

Mais elle ne répondit pas.

Quelque chose la dérangeait.

Une sensation insupportable.

Comme si la maison elle-même savait ce qu’ils avaient fait.

Elle regarda vers le couloir sombre.

Puis détourna rapidement les yeux.

— Tu restes cette nuit ? demanda-t-elle.

— Bien sûr.

Pourtant, lui aussi semblait nerveux.

Très nerveux.

Ils essayèrent de parler d’argent.

Des assurances.

Des propriétés.

Des comptes bancaires.

Mais chaque conversation mourait rapidement.

Parce qu’une seule pensée revenait sans cesse.

Et s’il était vivant ?

Vers minuit, l’orage éclata.

Le tonnerre secouait les fenêtres.

La pluie frappait violemment les vitres.

La femme ne parvenait pas à dormir.

Alors elle descendit dans la cuisine pour boire de l’eau.

Et c’est là…

qu’elle s’arrêta net.

La porte arrière était entrouverte.

Pourtant, elle était certaine de l’avoir verrouillée.

Le vent faisait bouger lentement la poignée.

Son cœur accéléra brutalement.

— Marc ? appela-t-elle doucement.

Aucune réponse.

Elle s’approcha lentement.

Puis remarqua autre chose.

Des traces d’eau.

Sur le sol.

Comme si quelqu’un était entré trempé par la pluie.

Ses mains commencèrent à trembler.

— Marc !

L’amant descendit enfin les escaliers.

— Quoi encore ?

Elle montra le sol.

Les traces continuaient dans le couloir.

Lentement.

Comme si quelqu’un avait traîné quelque chose derrière lui.

Le visage de Marc devint blanc.

— C’est impossible…

Ils suivirent les traces du regard.

Jusqu’au salon.

Puis ils les virent.

Des marques de roues.

Très fines.

Très claires.

Directement sur le parquet.

Le souffle de la femme se coupa.

Le fauteuil roulant.

Marc recula d’un pas.

— Non…

Puis soudain…

un bruit métallique résonna dans l’obscurité.

CLAC.

Comme une roue heurtant un meuble.

Les deux poussèrent un cri et se retournèrent brutalement.

Mais il n’y avait personne.

Seulement le salon plongé dans la pénombre.

Et pourtant…

les traces humides continuaient.

Vers le bureau du mari.

La femme sentit ses jambes devenir molles.

— Il est mort… murmura-t-elle. Il est mort…

Marc essayait visiblement de se convaincre lui-même.

— Oui… oui, évidemment…

Mais aucun d’eux n’osait avancer.

Puis la lumière du bureau s’alluma soudain toute seule.

Les deux hurlèrent.

Le silence retomba aussitôt.

Et lentement…

très lentement…

une silhouette apparut dans l’encadrement de la porte.

Assise dans le fauteuil roulant.

Immobile.

Le visage encore couvert de sang séché.

Les vêtements déchirés.

Le mari les regardait.

Vivants.

Ses yeux étaient calmes.

Terriblement calmes.

La femme sentit son cœur s’arrêter.

— C… comment…

L’homme parla doucement.

Presque tendrement.

— Je vous avais suppliés de ne pas faire ça.

Marc recula brutalement.

— C’est impossible !

Le fauteuil avança lentement.

CRRR…

Le bruit des roues mouillées sur le parquet était insupportable.

La femme commença à pleurer réellement cette fois.

— Tu devrais être mort…

L’homme inclina légèrement la tête.

— Oui.

Puis il ajouta quelque chose qui glaça leur sang :

— Mais quelqu’un m’attendait en bas.

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