Nouvelle.
Encore fragile dans ce monde froid.
Elle avait appris à ne pas regarder trop longtemps.
À ne pas s’attacher aux visages.
Mais celui-ci…
était différent.
La chef médecin lui avait dit un jour :
— N’aie pas peur des morts. Ceux qui font vraiment peur… ce sont ceux qui respirent encore.
Depuis, elle essayait d’apprendre.
Mais ce matin-là…
quelque chose ne collait pas.

Quand la salle s’est vidée, le corps est resté seul.
Le silence est devenu total.
Le médecin a signé les papiers rapidement.
Sans émotion.
Comme toujours.
— Autopsie demain. Termine ton service. Et ne reste pas tard.
— Cause du décès ? a demandé l’agente.
— Intoxication. Confirmée. Dossier clos.
Il est parti.
La porte a claqué doucement.
Trop doucement.
Elle est restée seule.
Avec elle.
La mariée.
Elle s’est approchée.
Le froid habituel de la morgue aurait dû être là.
Mais ce jour-là…
non.
Quelque chose était étrange.
La peau n’était pas grise.
Pas livide.
Elle avait une nuance presque vivante.
Rosée.
Comme si le corps refusait de devenir ce qu’il devait être.
L’agente a hésité.
Puis elle a touché la main.
Et elle a reculé immédiatement.
— C’est impossible…
Chaleur.
Elle a retouché.
Plus lentement.
Plus prudemment.
La peau était chaude.
Pas froide.
Pas morte.
Son souffle s’est coupé.
Elle a posé deux doigts sur le poignet.
Rien.
Elle a posé son oreille contre la poitrine.
Le silence.
Long.
Pesant.
Puis—
Un battement.
Faible.
Mais réel.
Elle s’est reculée brutalement.
La main sur la bouche.
Le monde venait de changer de nature en une seconde.
Si elle avait raison…
alors ce n’était pas un cadavre.
C’était une personne vivante.
Dans une morgue.
Prête à être autopsiée.
Elle a couru.
Sans réfléchir.
Sans respirer.
Le couloir semblait plus long que jamais.
— Elle est vivante !
Le médecin n’a même pas levé les yeux.
— Qui ?
— La mariée ! Son cœur bat !
Silence.
Puis un soupir lourd.
— Tu imagines des choses.
Ils sont revenus ensemble.
Dans la salle froide.
Le médecin a examiné le corps.
Stéthoscope.
Pupilles.
Pouls.
Silence professionnel.
— Température résiduelle. Réflexes musculaires post-mortem. Rien d’anormal.
Il a retiré ses gants.
— C’est fini.
— Mais j’ai entendu son cœur.
Il l’a regardée.
Froidement.
— Tu as cru l’entendre.
Silence.
— Tu vas t’y habituer.
Et il est parti.
Mais elle, elle n’a pas pu.
Cette nuit-là, elle est revenue.
Encore.
Et encore.
Et encore.
Le corps était toujours chaud.
Trop chaud.
Trop longtemps.
Puis elle a fait quelque chose d’interdit.
Elle a installé une caméra.
Dans un coin de la salle.
Pointée directement vers la table.
Personne ne devait le savoir.
Le lendemain matin, elle a verrouillé la porte de stockage.
Elle a lancé l’enregistrement.
Et elle a attendu.
Les premières heures étaient normales.
Silence.
Immobilité.
Lumière froide.
Rien.
Puis…
à 3h17 du matin…
la caméra a capté quelque chose.
Un mouvement.
Très léger.
Presque invisible.
Les doigts de la mariée avaient bougé.
L’agente s’est figée devant l’écran.
Rewind.
Pause.
Zoom.
Encore un mouvement.
Plus net.
Puis—
la poitrine.
Un souffle.
Et enfin…
le plus terrifiant.
Les yeux.
Qui s’ouvrent.
Très lentement.
Comme si quelqu’un revenait d’un endroit où personne ne devrait aller.
L’agente a reculé de sa chaise.
— Non…
La caméra continuait de filmer.
La mariée respirait.
Dans la morgue.
Seule.
Et à cet instant précis…
la lumière a clignoté.
Une seule fois.
Comme si quelque chose venait de remarquer qu’il était observé.